jeudi 12 septembre 2013

SOUVENONS-NOUS ...



C'était le 8 septembre 1953, en Oléron


                C'était hier !
  


                                                                          Document fourni par Jean-Claude Pelletier

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                                     C'était il y a soixante ans ...

Le 8 septembre 2013, en l'Église de Saint Georges d'Oléron, les Oléronnais commémoraient la tragédie qui a coûté la vie à douze des leurs, au cours d'une partie de pêche à la senne, à Bellevue, près de Boyardville.

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Surprises par la brume et la marée montante



Douze personnes périssent noyées

au cours d’une partie de pêche

en face de Boyardville




                                  




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"Ils partirent. Il y avait l'Abbé Michel Jourdain, qui, plus tard, devait être le seul rescapé, M. Henri Favre, cultivateur à Chéray, Bernard Mothe, de Chéray, Pierre Joyeau et sa femme, née Solange Texier, de Chéray, Jean Joyeau, Boulanger à Chéray, Abel Massé, de Le grand Village-plage, sa fiancée, Mademoiselle Pierrette Météreau, de Chéray, Michel Chocard, de Saint Pierre d'Oléron, L'Abbé Jean Baudoin, originaire de Courlay, le moniteur Michel Fradin, de la colonie des Goëlands er demeurant à Niort, Monsieur Michel Foucaud et son épouse, née Lucette Joyeau, laitier, de Saint Pierre d'Oléron."

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« Nous avions fini de pêcher. Il était environ minuit et nous étions en train de plier les filets. L’eau nous arrivait alors jusqu’à la poitrine. Les filets pliés, nous décidâmes de regagner la côte, mais un épais brouillard nous entourait et nous avons dû prendre vraisemblablement le nord pour le sud, trompés par une visibilité absolument nulle.



« Au bout de quelques mètres, nous avions perdu pied et déjà les femmes commençaient à hurler. Je réussis à trouver un haut fond de sable, sur lequel je me hissai et je fis signe à mes compagnons de venir me rejoindre. Ce fut pour nous un instant de répit, mais hélas ! La mer continuait à monter inexorablement et le désespoir des femmes, la colère et la peur des hommes étaient un spectacle effroyable. Lorsque nous ne pûmes plus rester sur ce haut fond de sable, je décidai avec l’abbé Baudouin et Michel Fradin de nager le plus longtemps possible. Hélas ! L’abbé Baudouin, novice en natation, coulait quelques instants après.


« Michel Fradin nageait à mon côté. C’était un excellent nageur. Nous gardions le contact en nous appelant de temps à autre, tandis que non loin de nous nous entendions les derniers cris de désespoir de nos infortunés camarades.
« Au bout d’un certain temps, Fradin me dit soudain : « J’ai une crampe, je vais couler, nous nous retrouverons au ciel ! » Et il disparut.
« C’est alors que, seul, je fis un effort pour conserver tout mon sang-froid et que j’observai le ciel. C’est grâce à une étoile que je ne cessais de fixer, et en étant guidé par le bruit que faisaient les vagues qui  déferlaient sur la plage, que je pus regagner la terre ferme, après avoir nagé depuis plus de trois heures et accompli cinq kilomètres. »


    (Récit de l'Abbé Marcel Jourdain, seul rescapé.)

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COMMENT  LE  DRAME  SE  SERAIT  PRODUIT

"C’est un terrain extrêmement difficile entre Bellevue et Méré, terrain parsemé de trous d’eau, de viviers, de bouchots et comportant des bancs de vase où les pêcheurs s’étaient engagés.
Généralement, les Oléronnais qui pratiquent la pêche côtière, la nuit, dans ces parages, situent leur position grâce aux feux de l’île d’Aix, de Fouras, de Port-des-Barques, de Boyardville, grâce aux éclats des phares de Chassiron et des Baleines. Faut-il conclure que la brume, absorbant ces signaux lumineux, rendit tout repérage impossible ?
Dans ce cas, surpris par le flot montant, les pêcheurs, qui s’étaient divisés en deux groupes, ont dû, soit tomber dans les trous d’eau, soit, sentant la route du retour coupée sur leurs arrières au moment de la traversée du chenal d’Arceau, s’enfoncer vers la mer.
C’est Raymond Moreau, habitant de la Vieille Perrotine, qui, à 5 heures du matin, découvrit l’abbé Jourdain. Exténué, dans un état complet d’épuisement, le prêtre ne put murmurer que quelques indications confuses."

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TOUTE  L’ÎLE  D’OLÉRON  A  CONDUIT  SES  MORTS  À  LEUR  DERNIÈRE  DEMEURE

      Oléron, 12 septembre 1953. – La douleur, qui a de multiples visages, en revêtait des milliers vendredi matin dans l’île d’Oléron. Très loin sur les routes, des femmes en noir, des hommes endimanchés, le visage marqué d’une douloureuse impassibilité, se rendaient par tous les moyens à Saint-Georges-Chéray.
      Tous les Oléronnais, qu’ils soient ou non touchés directement par la catastrophe qui, dans la nuit de mardi à mercredi, a plongé douze familles dans la douleur, ont tenu à accompagner les corps des victimes à leurs dernière demeure.
      Jeudi, déjà, après une émouvante cérémonie, les corps de l’abbé Jean Baudouin et de Michel Fradin avaient été ramenés vers leur terre natale. Plus tard, Grand-Village avait fait des obsèques solennelles à son disparu, Abel Massé.
      Vendredi matin, toute la population de Saint-Pierre accompagnait Michel Chocard à sa dernière demeure.
      Mais c’est vraiment à Saint-Georges qu’allait se dessiner, en fin de matinée, toute l’ampleur du deuil de l’île."


(Documents fournis par M. Guy Delavois, de Sauzelle-Saint-Georges d'Oléron)





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